Cicéron Angledroit

Auteur de romans policiers (mais rigolos quand même)

Cicéron Angledroit

Auteur de romans policiers (mais rigolos quand même)

Stop ou encore ?

Et voilà, le dixième Cicéron est sorti. Dix histoires, le temps passe vite. Est-ce une étape, une escale ou une destination ? Je me pose la question. Dix bouquins et une impression que le « paquebot » s’alourdit. Les ventes ne décollent pas. Au contraire. Je ne veux pas faire celui qui dit « retenez-moi ou j’fais un malheur » mais je me pose des questions.

Bien sûr je pourrais me dire que je n’écris pas pour être lu (ce qui est vrai à la base), que les gens ne lisent que des conneries bien paramétrées (ce qui n’est pas faux), que la pub fait tout (elle fait beaucoup) mais ça ne serait que des bonnes excuses pour moi-même. Longtemps je me suis dit « les gens vont acheter le premier, adhérer et s’enfiler la suite. » J’avais tort (sauf pour les quelques-uns qui m’aiment inconditionnellement). Le constat est sévère : un tiers de mes ventes se font lors de mes nombreuses séances de dédicaces. Imaginez qu’en 2017, Musso ait dû dédicacer 500 000 bouquins.

En réalité, on me prend le premier car « tant qu’à faire, je vais prendre le premier » et on passe vite à autre chose. Parfois on en achète un autre dans la foulée (avant que le libraire n’ait renvoyé le stock restant). Parfois seulement, ce qui explique les deux autres tiers. L’humour plaît mais lasse plus vite que le gore, le nauséabond ou le bien-pensant. Faut écrire soit lisse, policé, consensuel ou carrément sanglant, pervers. Faut pas choquer ou trop choquer. En réalité j’écris comme ça me vient, comme mes personnages m’inspirent et non comme « il faudrait » pour que ça plaise au plus grand nombre.

Mon éditrice m’a bien mis en garde (elle sait ce qui se vend), elle rêverait que je donne de bonnes manières à René, que j’en fasse mon Dr Watson, que Cicé épouse Vaness’ à l’église du quartier (voire à Notre-Dame), qu’ils ferment la porte dès le premier bouton de pantalon dégrafé. Elle a raison, c’est ce qui fait consensus et s’adresse le mieux à un large lectorat. Mais ai-je vraiment envie de plaire à ceux qui ne m’aiment pas au détriment de ceux, bien moins nombreux, qui me lisent et m’encouragent à persévérer ? Là est le centre du problème. Peut-on écrire, sur mes quatrièmes, que j’ai biberonné au San-Antonio et me demander d’écrire du Simenon ? En réalité je sais bien n’avoir ni le talent de l’un, ni celui de l’autre. Je suis en plein dilemme. Stop ou encore ?

Si c’est encore, dois-je me formater ? Si c’est stop, dois-je abandonner mes personnages ? C’est vrai, René est souvent vulgaire (comme du Houellebecq, guère plus), Cicéron est séducteur (comme du Houellebecq écrit par Lévy) et Momo carrément balzacien. Là est mon problème : je n’ai pas choisi mon camp. Le lectorat se féminise, c’est un fait, se harlequinise, se feel-goodise. L’édition s’industrialise, crée des cases. J’ai la chance que mes bouquins ne soient pas réécrits par des professionnels du marketing de masse, que mes titres soient de mon fait, mais je sens que je m’éloigne trop des standards. Le cahier des charges s’étrique au fur et à mesure que la vulgarité (au sens noble du terme) creuse son trou à travers les réseaux sociaux qui favorisent une mise à niveau par le bas.

Vous allez me sentir bien aigri. Je ne le suis pas. Réaliste, conscient mais pas aigri. Mais je me pose des questions qui m’empêchent d’écrire, qui me coupe l’envie. Moi qui ne lisais plus, je me remets à lire. Y aura-t-il un onzième Cicé ? Peut-être, sans doute. Mais il va me falloir mettre un grand coup de pied dans la fourmilière et trouver la voie entre ce qu’on attend de moi et ce que j’ai envie d’écrire.

À plus tard…